dimanche 23 décembre 2012

Vastes mondes imaginaires : quelques rapides propos sur Omale, de Laurent Genefort


D’abord, une première question a surgi au cours d’une discussion qui n’avait rien à voir durant une soirée (merci à SR, qui se reconnaîtra) : y a-t-il une relation avec René Daumal et son Mont Analogue, Roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques ? J’ai un soupçon, mais pas plus. Il est fondé sur l’onomastique et par une scène de grimpée menant les personnages à un monastère déceptif, au sommet d’une montagne.

L’exégèse savante ne trouve dans les textes que ce qu’elle y met. Je ne pousse pas plus loin le travail d’identification des sources, mais j’ai cru croiser des références qui parlaient au khâgneux, en moi. En particulier, un récit très frappant mettant en scène des soldats engagés dans une mission apparemment absurde et poursuivis par l’apocalypse. Certains se souviendront peut-être de mes modestes grincements de dents sur la question du problème du fond culturel dans les genres de l’imaginaire. Au-je besoin d’être plus explicite ?

Laurent Genefort, est un constructeur de mondes comparable à Silverberg pour la puissance créatrice de mondes et Robert Charles Wilson pour le mystère, servi par une plume impressionnante. Sauf que Silverberg est plus humain que conceptuel, et Wilson plus conceptuel qu’humain, là où la prose de Genefort parvient à l’équilibre. J’étais attentif : maîtrise du timing, personnages très précisément ciselés, dialogues crédibles. Trêve de compliments. Laurent Genefort a, je pense, dépassé le stade de la sensibilité aux compliments.

Alors ? Hé bien l’usage subtil de la métaphore de l’enfermement et la mise en perspective de la révolution galiléenne, revisitée à la sauve « Dyson », voilà ce qui m’a impressionné. Le big concept, c’est ça. Puis, dès les premières pages de l’édition Denoël, la description des deux (trois) espèces intelligentes aux modes de pensée significativement différents de ceux des humains, déployée sur la base de quelques principes simples mais efficaces, voilà, c’était le tour de force. Pour finir, la méditation sur la multiplicité des mondes au sein d’un seul monde – zones d’atmosphères, sphères culturelles, écosystèmes issus de planètes différentes (dont la lutte n’est pas sans rappeler la Guerre des Mondes), visions inconciliables de la science et de la foi – l’ontologie métaphorique et emboitée de Genefort m’a frappé, parce qu’elle répond au sentiment, typique des temps de crise, d’une dissolution du réel dans le multiple, d’une perte de contrôle ontologique. 

J’ai alors regardé ma montre, je n’avais rien écrit depuis un certain temps, l'esprit fasciné par l’univers de Laurent Genefort.        

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PS. Des sources autorisées m'indiquent que mon interprétation de l'origine du titre est aussi foireuse que les délires onomastiques du Cratyle de Platon, le génie en moins. Merci pour cette rectification, M. Genefort. L’helléniste que je fus rougit de honte. Je maintiens mon texte en l'état, pour des raisons de transparence,  d'affirmation de la liberté d'interprétation du critique, mais aussi dans l'espoir de créer une légende urbaine.