mercredi 19 août 2009

Comme un capitaine en son navire, partie 2

Voisi le début de mon nouvel article sf et philo pour Brins d'éternité, avec leur aimable autorisation :

Golorak, puissant robot de l’espace, est frappé d’un tir de laser. Immédiatement des sirènes hurlent dans l’habitacle rétro hi-tech, tandis que le pilote, Actarus, gémit et serre les dents stoïquement sous la douleur.

En toute logique, le téléspectateur de huit ans se demande si le héros de la série japonaise va, cette fois-ci, sortir vainqueur de la bataille.

Mais imaginons maintenant que c’est René Descartes qui, délaissant un instant les champs de bataille et les Reines de Suède, bénéficie de ce violent moment narratif. Une question surgit dans l’esprit de René : mais comment diantre le jeune homme peut-il souffrir d’un impact sur son véhicule ? Est-ce que le conducteur rit quand on chatouille la machine ? Faites le test, c’est la meilleure manière de philosopher. Précipitez votre automobile contre un mur en béton, pas trop vite. Malgré toute la tôle froissée, vous ne ressentez de la douleur que si c’est une partie de votre corps qui est atteinte. En ligne avec les scénaristes japonais spécialisés dans le combat épique de carcasses de fer géantes, vous prenez alors un air supérieur et répondez à René : « mais c’est qu’il y a une connexion directe entre le système nerveux du pilote et les senseurs de la machine. Voyez, là et là, des câbles connectés au casque du Gundam : c’est la solution qui permet au héros d’être très réactif, d’agir comme si la machine de guerre était son propre corps ! » Il est vrai que quand on se bat aux commandes d’un monstre bipède de plusieurs dizaines de tonnes, et qu’on veut en plus – idée totalement saugrenue – lui faire manier une épée, il vaut mieux être rapide. « Et d’ailleurs, ajoutez-vous, on savait déjà à votre époque que les nerfs sont comme des câbles, même si on se trompait sur le fluide transmis par leur intermédiaire. Ce que les nerfs peuvent faire, pourquoi des câbles ne le pourraient-ils ? »

Vous êtes très satisfait de votre explication. Vous ajoutez, pour porter le coup fatal : « c’est bien vous qui avez formulé la théorie que les animaux étaient comme des machines, mais en infiniment plus ? Eh bien Goldorak est une machine, mais très complexe, et ses systèmes transmettent des sensations au pilote. » Vous vous rengorgez, persuadé d’avoir mouché René Descartes grâce aux mangas japonais.

Le gentilhomme français vous regarde par en dessous, les yeux pétillant de malice et de supériorité bienveillante...
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