mercredi 27 août 2008

Promenade dans une conscience

Voici le début d'un article mêlant philosophie et science fiction. Il s'agit du premier d'une série à paraître dans Brins d'Eternité, ma revue québécoise préférée.

" Comment décrire un évènement qui se déroule « à l’intérieur », dans une conscience ? Nous voilà confrontés à un problème qui lie inextricablement l’art littéraire et la philosophie।
En effet, la littérature propose des recettes pour parler de l’intériorité, monologue intérieur, introspection, stream of consciousness, et j’en passe.
Ces recettes sont fondées sur des intuitions communément partagées à une époque sur la manière dont la conscience fonctionne.
La philosophie, les sciences de l’esprit, qu’on appelle de nos jours cognitives, proposent par ailleurs des théories concurrentes pour décrire ce genre de choses, et évidemment, de nombreux échanges de bons procédés ont lieu, pas toujours avec bonheur.
Un de ces échanges est visible dans l’œuvre de Proust, étroitement associée à la philosophie de Bergson. Un autre est le behaviorisme, théorie psychologique qui inspira Dos Pasos et Virginia Woolf.
Et, évidemment, la science-fiction est un des grands lieux où l’on débat de la question, puisqu’elle emprunte souvent aux théories scientifiques pour fonder un récit littéraire, quand elle ne s’appuie pas sur une imagination littéraire pour fonder des hypothèses sur le monde.
Justement, je vais décrypter une « ficelle » de la science-fiction contemporaine dans sa description de l’intériorité. Il s’agit de la métaphore spatiale de la conscience.
La spatialisation de la conscience, c’est le fait de représenter les éléments constitutifs de l’esprit, de l’intériorité, sous la forme d’un lieu ou d’un ensemble de lieux.
Cette métaphore trouve sa justification dans le pronostic selon lequel nous pourrons un jour développer des environnements virtuels réalistes, dans lesquels nous pourrons nous immerger totalement. Et tout cela repose in fine sur la description de l’esprit humain en termes informatiques, selon une branche des sciences cognitives qu’on appelle fonctionnalisme, directement hérité de Turing, que l’on ne présente plus.
Dans Spin State de Chris Moriarty - excellent ouvrage que je compte décortiquer pour illustrer mon propos - en lieu et place d’introspection, les personnages se promènent dans leur « intérieur », cherchant leurs souvenirs comme s’il s’agissait d’objets, d’items, comme dit une certaine philosophie analytique.
"


La suite dans le n° 20 de Brins !