samedi 7 juin 2008

Un conte de fées

Je suis d'humeur à écrire une histoire courte et bête plutôt qu'un long article (intelligent), et à faire un peu de catharsis à l'égard de mon actuel boulot.

Donc voici :

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Le Sénéchal du Royaume avait décidé de mener une politique de diversité dans le recrutement de ses cadres, sous la pression d’une opinion publique de plus en plus sensibilisée à ce genre de thématiques. Il recruta donc comme faire valoir un jeune gobelin des cités, et le nomma Héraut, c'est à dire chargé de com, poste inoffensif s'il en est.

Ledit gobelin était le premier peau-verte à accéder à un emploi dans l’administration.

Cela en fit râler certains, mais il était à la fois zélé, modeste et bon vivant, très capable d’arrondir les angles avec les aristocrates les plus snobs.

Certains malotrus, pour se moquer de lui, l'apostrophaient ainsi : "Dis, Vert, où est le dossier 0238234?". Il faisait dans ces cas-là semblant de rien en serrant les dents.

Il travailla tant et si bien qu’il fut rapidement promu adjoint du chef du Service Fontaines, Barrières & Réverbères.

Imaginatif et ouvert sur les nouveaux outils de gestion, il mit en place de nombreux partenariats avec les sourciers, qui réduisirent considérablement le coût des investissements royaux.

Son intense activité lui valut d’être nommé numéro trois de la direction des Phynances et de la Cassette, grillant la politesse à plusieurs nobliaux formés dans les meilleures institutions.

Des fâcheux le surnommèrent "Feu Vert", pronostiquant ainsi une rapide ascension suivie d'une chute tout aussi brutale.

Il n'en fut rien.

Après quinze ans de carrière fulgurante, il devint le bras droit du Grand Sénéchal lui-même. Il patienta jusqu’à la retraite de celui-ci, considérant que son tour viendrait.

Ces années-là furent pour lui un véritable conte de fées. Il avait tout ce qu’un gobelin pouvait espérer de mieux, une belle tanière en plein centre-ville, une épouse aimante, dévouée et verte à souhait. Il était de toutes les inaugurations, de tous les banquets, à la cour comme à la ville.

Mais quand son chef, écrasé sous le fardeau des responsabilités, décida qu’il était temps de partir, ce fut un jeune Pair du Royaume inexpérimenté que le Roi nomma Grand Sénéchal.

Un preux chevalier issu de la haute noblesse, élevé dans un beau château, et passé par toutes les tables rondes ministérielles possibles et imaginables.

Un insider.

Un de plus.

Le gobelin, pour sa part, reçut une forte prime et une ambassade dans un Empire lointain. Voilà comme on le remerciait.

Comme nous sommes dans un conte de fées, on peut le dire : notre gobelin s’était cassé la figure contre le plafond de vair.