mardi 20 mai 2008

Bref agacement : Nietzsche et Alastair Reynolds

Un bref post cette-fois-ci, parce que je suis occupé, entre la correction de L'Effet Teletubbies, la rédaction d'une nouvelle pour les deux magnifiques AT qui arrivent chez Denoël et Calmann-Levy, mon enseignement à l'IEP-Paris et puis mon boulot, qui est très prenant.
J'ai été frappé par le changement de ton de la sf quand au passé, ces dernières années. Impression renforcée par la lecture du dernier Alastair Reynolds traduit en Français, Century rain. Et cette réflexion m'a conduit à relire la Seconde Intempestinve de Nietzsche.
Quel rapport? Comment, vous n'avez pas remarqué? Reynolds, comme toute une floppée d'auteurs, s'est saisi du thème de la conservation. Voilà le topo. Un mécanisme quelconque permet la conservation d'une civilisation, d'une culture, voire de l'humanité. Ou alors permet la survie après la mort. Il peut s'agir d'une sphère de Dyson, d'une étoile à neutrons ou d'un trou noir (les champs magnétiques et j'en passe).
L'idée centrale, avec les étoiles à neutrons, serait que ceux-ci se comportent comme des super ordinateurs capables de stocker masse d'information et donc de conserver des simulations parfaitement réalistes de quelque chose qui a disparu. Chez Reynolds, on est dans l'artefact pur et simple, et on garde le meilleur, une sorte de Paris à jamais figé dans les années 1950, les détectives, le jazz et les belles américaines.

Cette "mode" m'inquiète, à titre personnel, parce qu'elle révène une tendance profonde au conservatisme, que Nietzsche avait déjà perçue. Une culture humaine doit avoir uen mémoire, certes, mais celle-ci est tournée vers l'avenir, vers l'action, la réalisation de soi. Au contraire, il y a une tendance profonde dans notre Occident contemporain à penser le temps sur le mode du formol. Tout conserver, faire des musées sur tout. A la Défense, un musée de l'informatique... Comme si un vilain Mac d'il y a vingt ans avait un quelconque intérêt. Le patrimoine, c'est la mort. La mémoire élevée au rang de fétiche, le signe d'un malaise profond à l'égard de l'avenir.
Pour Nietzsche, une telle attitude historique est signe de mort. Je serais désolé que la sf devienne d'une certaine façon, sous couvert de penser le beau rêve de l'immortalité, un cimetière à éléphants, plus intéressé par le fantasme de la conservation du passé que par le désir aérien de l'aventure et l'anticipation de l'avenir.

Je signale par ailleurs que je viens de terminer une nouvelle inspirée de mes réflexions d'il y a quelques mois sur le commerce intersidéral, et qui s'appelle La Chambre chinoise. Je vais essayer de la placer dans une revue ou une autre.