lundi 4 février 2008

Mais qui est donc le dernier homme? (Kojève, Fukuyama et Ian M. Banks)

La thématique d'une civilisation post historique date du XIX e siècle allemand, et en particulier de Hegel. La question n'est pas celle d'une fin "eschatologique" de l'histoire, c'est à dire d'une fin des temps, mais de la nature de l'homme et de la vie sociale lorsqu'une certaine étape du développement historique sera atteinte - la dernière, selon les hégeliens. Et ce qui est amusant, dans cette histoire, c'est qu'ils sont totalement d'accord avec Ian M. Banks, l'écrivain de la série dite de la Culture

Le dernier homme, l'homme post historique, est une figure de Kojève, grand lecteur libéral de Hegel, et reprise par Fukuyama, dans sa description du monde futur. Il va sans dire que Kojève et Fukuyama sont des libéraux, et qu'ils ont une lecture de Hegel et de son système que des marxistes n'accepteraient pas.

L'homme de demain, qui d'ailleurs est en germe aujourd'hui, est incrit dans une société démocratique avancée. Tout conflit a disparu de son horizon, parce que la fin de l'histoire est la disparition de la possibilité d etout conflit. Cela ne veut pas dire que tout le monde est d'accord, mais plutôt qu'il n'existe plus rien qui vaille la peine de provoquer un conflit où entre en jeu la possibilité de la violence. Privé de la possibilité de la mort violente, il ne reste à l'homme que le jeu, quelque soit son activité : économie, art, politique. Un jeu sans grandes conséquences, à la fois libérateur et insatisfaisant si on le compare aux grandes réalisations du passé.

Le monde post historique est un lieu où les contradictions ont été résolues. Et la clé de cette résolution, dit Kojève, c'est l'Etat libéral.

Qu'on ne s'y trompe pas le libéralisme tiré de Hegel est une version plutôt autoritaire, celle d'un système de droit où un Etat flotte au dessus de la société. Il ne s'agit pas pour lui de représenter les intérêts des citoyens mais plutôt de s'imposer et de façonner les hommes en direction de la liberté.

Si vous relisez Banks (ce qui vient de m'arriver) vous verrez qu'il décrit exactement cela au détail près. Dans un monde où l'ensemble des contraintes ont quasiment disparu (même la mort, dans une certaine mesure) les hommes sont livrés à des jeux éternels et sans but. Libérés de toute contrainte et de tout travail, ils sont redevenus des petits enfants. Et ont pour gardiens des intelligences artificielles surpuissantes, des dieux. Pour Hegel, l'Etat possède quelque chose de divin, de transcendant. Ce rôle est parfaitement rempli par les ordinateurs de la Culture.

Reste, dans une galaxie humaine et libérale, la possibilité d'affronter l'autre. L'extraterrestre, pour Banks, et les autres civilisations moins démocratiques, chez Fukuyama.