samedi 12 janvier 2008

Un nouveau terrain pour le sense of wonder, digression sur Hamilton et Simmons



Je viens de terminer le tome 2 de l'Etoile de Pandore de Hamilton. Sympathique auteur qui nous a déjà donné une série mêlant morts vivants et space op, Hamilton situe ses oeuvres dans une future colonisation humaine de l'espace. Les oeuvres sont sympathiques, moins profondes qu'elle ne le prétendent, mais se lisent remarquablement bien. Le principal mérite de Hamilton est de croire et d'user de que quelque chose d'essentiel en science fiction, le sense of wonder, ou frisson esthétique qui nous saisit lorsque les personnages d'un bouquin de sf sont confrontés à quelque chose de vraiment vraiment gros et mystérieux.

Tout ça, c'est bien connu des lecteurs de science fiction, et même de quelques autres.

Maintenant j'aimerais parler d'une chose qui m'a frappé à la lecture de Hamilton, c'est le fait qu'il a loupé, d'une certaine façon, la modernité.

Je m'explique. Le monde décrit par l'Etoile de Pandore est un espace colonisé par l'homme, qui s'est installé sur des centaines de planètes reliées par des "trous de ver". Est ce que cela vous rappelle quelque chose? Dans cet univers, il existe aussi une intelligence artificielle surpuissance qui s'est écartée des affaires humaines et est allée s'installer dans un astéroïde. Là, quand même, on tique un peu, parce qu'il se trouve que c'est grosso modo le même univers que celui de Dan Simmons dans Hypérion.

Même univers, mais, me direz vous, ça n'a rien à voir, Simmons met cet univers au service d'une imagination baroque et estrèmement esthétique. Il a la capacité à susciter des images assez puissantes et très "métaphysique", au sens de "profondes".

Certes, le bouquin de Hamilton sent un peu la copie. Mais ce n'est pas du tout le plus intéressant. Franchement, j'aime bien la saga de Hamilton, et je ne suis pas méchant au point de signaler une "co-origine" manifeste d'inspiration. Non, le plus intéressant, c'est ce qui manque à Hamilton.

Le sense of wonder de Hamilton, qui ressemble un peu à celui de Henlein, par exemple, est exclusivement fondé sur une logique scientifique. C'est gros, spatial, et cela sort de l'ordinaire. Je pense bien sûr à la coquille qui protège la menaçante étoile de Pandore elle-même.

Le sense of wonder que nous ressentons en lisant Simmons est lié à l'intériorité même de l'homme. Non pas qu'on n'y trouve pas des artefacts grandioses à l'occasion, mais ce n'est pas le nerf de la guerre. L'univers de Simmons vise à susciter des images du foisonnement des cultures humaines et de leur différenciation. Du coup, il prend soin de montrer l'incroyable diversité des mondes traversés par ses héros. Et justement parce que ces mondes sont des poncifs (la planète capitale super hurbanisée, la planète-japon, la planète-tibet, la planète océan, la planète ruche industrielle) l'auteur montre sa capacité à se saisir de ces poncifs pour en faire des descriptions frappantes et merveilleuses.

Lire Simmons, c'est avant tout éprouver une fascination certaine pour le foisonnement de la culture humaine. Même si le récit organise son propre dépassement. Et lire Simmons, c'est en même temps être émerveillé par sa capacité au palimpseste, à la parodie. La multiplicité des styles et des références littéraires y est le miroir de la multiplicité de l'humanité décrite.

Il y a comme un sens très sûr de la post-modernité chez Simmons : relativisme culturel, compréhension que les valeurs sont impossibles à résorber dans une civilisation unique.

Rien de tel chez Hamilton. Il reste un homme de l'époque moderne. Les différents mondes décrits sont des extensions des banlieues et de la campagne américaine. Lorsque ce n'est pas le cas, il l'explicite en disant qu'il s'agit d'une zone à fort potentiel touristique.

Je pense que dans l'ère actuelle de relatif scepticisme à l'égard de la science, c'est plutôt du côté de Simmons que de Hamilton que se situe le sense of wonder.